Présidentielle : financement de la trésorerie des entreprises VS propositions des candidats

Avec près d’une TPE sur deux qui exprime à l’heure actuelle des besoins de trésorerie[1], le financement est un sujet majeur pour les responsables de ce segment d’entreprises. Placées au bout de la chaîne économique, les TPE ne disposent pas des mêmes facultés que leurs grandes sœurs pour jouer sur les délais clients et fournisseurs afin de se constituer un fonds de roulement. Leur seul interlocuteur pour les besoins de trésorerie s’avère être leur partenaire bancaire, lequel finance la trésorerie à prix d’or, lorsqu’elle la finance !

  • 72% des crédits de trésorerie « financés » à prix d’or

Lorsqu’un crédit de trésorerie classique, obtenu dans seulement 28%[2] des cas, présente à ce jour un taux de 2,17%[3], le découvert en compte est accordé en contrepartie d’un taux de 9,93%. Un découvert hors autorisation produit pour sa part un intérêt de 13,29%, sans compter les multiples commissions d’intervention qui montent ces taux à une moyenne de 22%[4].

  • Un comportement bancaire systémique

Nous sommes clairement face à un comportement bancaire systémique de la part de structures financières qui ont un avantage dix fois plus rémunérateur à laisser filer des découverts plutôt que d’accorder des crédits. Qui s’en priverait ?

  • Les financements alternatifs inefficaces

Le financement participatif (crowdfunding) n’est d’aucun secours dans le cas de figure de la trésorerie, tout comme BPIFrance. Aucune de ces deux autres sources de financement potentielles n’agissent sur le champ de la trésorerie, mais uniquement sur celui de l’investissement, de préférence « productif ».

  • Le crédit inter-entreprises : une autre forme de contrainte pour les TPE

Le seul circuit de financement autre que le financement bancaire qui existe à ce jour est celui du crédit inter-entreprises issu de la loi Macron de 2016. Sa mise en place est encore trop récente pour qu’un bilan puisse être tiré de cette faculté donnée aux clients de financer leurs fournisseurs. Nous pouvons cependant constater que ce type de prêts n’est pas nouveau dans certains secteurs d’activité (prêt brasseur pour les cafés, prêt meunier pour les boulangers) et qu’ils sont assortis, outre des intérêts légitimes liés au prêt d’argent, de conditions d’exclusivité doublées de volumes minimum qui privent le professionnel de liberté de gestion durant plusieurs années.

  • Les TPE captives sur un marché biaisé

Les TPE se retrouvent en conséquence captives, sur un marché biaisé par le monopole bancaire qui organise la carence des petits crédits de trésorerie pour s’assurer une très forte rentabilité dans ce domaine. La meilleure en est que les taux sur découvert ont très peu baissé sur la période 2008-2017, lorsque les taux des prêts classiques ont connu une chute les plaçant à des niveaux historiquement bas en lien avec la politique de taux négatifs de la Banque Centrale Européenne (BCE).

C’est pourquoi les 98pourcent proposent :

  1. Un micro-crédit de trésorerie (jusqu’à 15.000€) directement accessible via une plateforme BPIFrance
  2. Une banque publique dédiée au financement direct des TPE-PME
  3. Intégrer les commissions d’intervention au calcul du TEG

Constats faisant, quand est-il maintenant des propositions des candidats à la présidence de la République pour faciliter le financement des entreprises ?

François Fillon n’aborde pas directement la question du financement de la trésorerie des TPE, sauf sous l’angle de la réduction des délais de paiement, option déjà vue et revue sans impact concret. Les délais de paiement sont fonction de la conjoncture économique et non des lois.

Emmanuel Macron pour sa part n’aborde pas ce sujet, estimant sans doute que sa loi de 2016 sur le crédit inter-entreprises répond à cette problématique.

Marine Le Pen propose de diviser par deux les taux d’usure sur comptes courants débiteurs pour les entreprises et les ménages, élément qui n’aura que peu d’impact concret au constat que les commissions d’interventions, source principale des frais bancaires sur comptes débiteurs des professionnels (ils sont plafonnés pour les particuliers), ne sont pas intégrés pour le calcul du taux d’usure.

Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon n’abordent pas cette question.

— Note de bas de page —

[1] Source : Enquête Opinion-Way pour SDI du 2 au 8 février 2017 – Base 1538 entreprises représentatives de 0 à 19 salariés

[2] Ibid

[3] Source : Banque de France – Février 2017 – Taux au T4 2016

[4] Source : Conseil Supérieur de l’Ordre des Experts-Comptables

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